Khawate : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_1

D’un cœur LMR, le lundi 14  avril 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 1 :

 

S’il est un endroit mythique, dans notre LMR, lui-même O combien mythique, ces deux en font certainement partie. Dans le premier, on passait une bonne partie de notre régime de confinement, on y calmait beaucoup de nos faims, on y débattait nos passions et nos compassions, on y veillait en parfaits imbéciles tout en veillant à ne pas devenir vils. En quelque sorte, on reposait notre corps, pas notre esprit.

Au réfectoire, les choses étaient presque pareilles car, bien qu’en volume horaire cet endroit n’est pas celui qui a été témoin de nos plus belles frasques, on y calmait notre faim en privilégiant plus la quantité que la qualité, on y débattait quant aux éventuelles variations sur un menu fixé, figé, inaltérable et invariable tel une horloge suisse, on y veillait à avoir la meilleure part. En quelque sorte, on y nourrissait notre corps, probablement pas notre esprit.

Décrire le dortoir à un ancien matricule relèverait du ridicule, voire de l’insulte. C’était notre lieu de méditation, notre havre de paix. Un endroit unique, parce qu’idyllique. En quoi devrais-tu rétorquer ? Et bien parce que c’est là qu’on ressortait le mieux de nous-mêmes. Avant d’aller plus loin, je voudrais revenir sur un petit élément très significatif de notre relationnel. De manière générale, et pour beaucoup d’entre nous, c’était soit tu es avec nous, soit tu es contre nous. Pas de juste milieu, aucune neutralité. Réflexion faite, Bashar Al Assad n’est guère différent de ce qu’on était. Ca ne voulait rien dire pour nous des mots comme tolérance, acceptation de la différence, cohabitation, etc. La dictature régnait très souvent par la force du poing. Tu aspire à une place honorable, tu devais te battre pour. Parfois, de manière individuelle, et là vois-tu, le résultat n’était pas toujours à la clé. Mais quand tu fais partie du groupe dominant, c’est ensemble qu’on prenait nos appartements. Bien sur en témoignant le moins de respect possible pour les déchus de leurs droits. Bref, tu connais, la loi, celle du plus fort quoi.

Pour les armoires, c’était la même histoire, appropriation pacifique ou expropriation forcée. Bien sur, là aussi, les déchus avaient le droit de se taire, se faire petits, et laisser faire, sans quoi, les conséquences pouvaient tourner à la torture, autant psychique que physique. J’essaie de revoir à quoi nous devions ressembler et je me retrouve à essayer de résoudre un dilemme. Faut-il en rire ou faut-il en pleurer ? Franchement, la confusion totale.

Certaines places étaient prisées pour leur importance, notamment en relation avec leur proximité des centres névralgiques de l’habitation : Toilettes en vue d’éventuelles fuites, interrupteurs en vue de tours farceurs, lit du bas pour être à couvert, lit du haut pour dominer les hauteurs. Les choix se faisaient avant le départ pour les grandes vacances, en prévision de l’année qui allait venir. Pareilles décisions majeures étaient également prises en rapport avec les places des classes. J’y reviendrais. Une organisation bien huilée, adoptée en plein respect des principes de démocratie et de cohabitation pacifique. Tu parles !

Pourquoi ces choix alors que quand tu dors, ça y est, tu dors. Que ce soit dans un lit ou l’autre, dans le LMR ou ailleurs, tu dors ? Le clan, la tribu, le sentiment d’appartenance à un groupe, le besoin d’identification, parfois de protection. Voilà en gros ce qui motivait nos choix, et sans aucun doute justifiait une grande part de nos problèmes au dortoir. Mais que veux-tu, des choix sont faits, des choix doivent être assumés. On ne badine pas avec la discipline au LMR.

La vie obéissait alors à un rituel, ou plutôt des rituels immuables. Organisés autour de notre couche, ils avaient l’air de voyager dans le temps sans prendre une seule ride, témoins silencieux d’un déroulement  de nos quotidiens sans jamais chercher à déranger qui que ce soit ni quoi que ce soit.

·       Se réveiller

·       Se toiletter

·       Faire son lit

·       S’habiller

·       Courir comme un fou pour ne pas perdre son petit déjeuner

·       Retour vers midi

·       Arranger son lit

·       Perdre deux heures de sa vie

·       Retour vers dix sept heures

·       Perdre une autre heure

·       Retour après le diner

·       Ne pas savoir quoi faire et ouvrir le champ aux pires idioties

·       Dormir, pardon, s’avachir

·       Se réveiller de nouveau, et la boucle est bouclée

 

Donc, commencer par se réveiller….. (à suivre)

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    DERKAOUI (dimanche, 27 avril 2014 02:15)

    Quel souffle poétique! C super