Khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_2

D’un cœur LMR, le mercredi 16 avril 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 2 :

 

Donc, commencer par se réveiller…..

Quand je pense qu’hier, pour réveiller mon fils avant qu’il aille à l’école, j’ai du ouvrir les volets graduellement, pour laisser entrer la lumière du jour de manière progressive, ensuite, j’ai mis un peu de musique douce à côté (j’avoue que parfois, c’est au rythme de Bella de Maitre Gims, ou alors Stromae se demandant où est son papa), puis en veux-tu en voilà question câlins, pour qu’il se décide enfin à sortir de son lit. Je le plains.

Pourquoi  je le plains? Tout simplement parce qu’on était gâté de ce côté au LMR. Car, franchement, non franchement, mise à part M. Ferkli, tout le monde nous réservait un meilleur traitement matinal que ce que j’ai brièvement consacré à mon fils.

Bruce willis a tourné la saga Die Hard, et il a du s’arrêter au quatrième, nous, c’était Die Hard Forever. Par souci de précision, je pencherais plutôt pour Die Hard each morning. Tu sais, sans vouloir faire dans la caricature, mais à Guantanamo, Abou Ghraib et autres, on n’y serait nullement dépaysé.

Notre réveil à nous, c’était vraiment quelque chose. Chacun y allait du mieux qu’il pouvait : sifflet, couvercle de poubelle en métal, tige en métal, tirage de couverture, etc. C’était à celui qui ferait le plus grand boucan et à celui qui tournerait tes cauchemars de la veille en rêves mielleux et doucereux à volonté comparés à ces minutes fatidiques avant que tu ne sorte de ton nuage. C’est à croire qu’ils en avaient contre nous, qu’ils voulaient se venger de nous parce qu’ils dormaient bien après nous, pour se réveiller bien avant nous, surtout ceux qui avaient famille et foyer à l’extérieur de la base.

De toute évidence, à part le fait que leur vie n’avait rien de magique, débarquer aux aurores dans un environnement où les mauvaises odeurs se le partageaient aux mauvaises humeurs n’est pas ce qu’on qualifierait d’un bon début de journée. Notre régime aidant, les senteurs matinales au dortoir avaient franchement de quoi soulever les cœurs des plus endurcis. Nous, on a produit ces senteurs, on les a enrichies pour mieux y baigner, alors que nos préposés au réveil débarquaient dans nos antres avec les poumons riches de fraicheur et d’allégresse matinale pour se heurter à ce brouillard métabolique et ce mélange dense, fruits de rejets nocturnes de toutes sortes.

Tu vois, ils ont beau essayer d’oublier qui on est, oublier nos idioties de la veille, se ressourcer d’une manière ou d’une autre, rien n’y fait. Aux premiers effluves inhalés, c’est la mémoire inconsciente qui reprenait le relais et envoyait l’individu dans les tréfonds de la méchanceté, de la haine, du dégoût, et bien logiquement de la maltraitance. Surtout qu’il en fallait toujours très peu. Quand tu en as assez, ce n’est pas un moment de répit qui va te faire oublier le reste. Ils n’avaient pas de boutons Reset. Nous, on fonctionnait de la sorte : le soir tu dors, tu en as fini avec les misères d’hier, tu recharges tes batteries, et de bon matin, tu es prêt à reprendre de plus belle. L’inconscience et l’insouciance font en sorte que notre mémoire vive se régénère à chaque nouveau départ. Eux, c’était l’appréhension, la peur et la constante méfiance à notre égard qui guidaient leurs faits et gestes. Ca se comprend et ca se respecte. Après tout, ce n’étaient que des êtres humains, pas des robots. Nous, ca serait trop dire qu’on était des humains. Androïdes, oui. Humanoïdes, presque pas.

 

Après le passage du responsable ou éducateur, on assistait à un concert d’engueulades et de jérémiades, d’insultes et de disputes, seul et unique moyen de réveiller et doper les esprits. Il fallait chasser tout ce qui en nous était amorphe et ouvrir l’espace à un dynamisme chronique et souvent conflictuel, synonyme de notre vitalité, mais plus encore vecteur de notre animosité. Les minutes de toilettes et d’arrangement des lits avant de se diriger vers le réfectoire étaient l’illustration parfaite de notre sens de l’organisation, dans un monde complètement désordonné. Comment on arrivait à faire notre toilette, nous habiller, faire nos lits avant d’aller prendre le petit déjeuner relève du mystère, ou alors on avait tout de même des rudiments d’éducation et de bonnes manières. C’est à croire, et c’est tant mieux.

 

Des rudiments comme j’ai dit. Des miettes, oui. Quand tu partage ta brosse à dents (à croire que tu en as une), compagnon indéfectible pendant au moins une année, avec tous tes bons copains, témoigne de la plus grande solidarité entre frères, mais également du manque absolu de respect des règles élémentaires de l’hygiène et du respect de soi. Le dentifrice, je veux bien, la brosse à dents ? On devait vraiment se prendre pour de vrais frères.

Qu’est ce qu’on partageait d’autre ? Nos habits, nos accessoires (quand on en avait), notre nourriture, nos cigarettes,… heureusement que la liste s’arrête là. Parce que nous, on était prêt à tout partager, histoire de montrer qu’on n’était qu’un. Mon Dieu ! Quand j’y pense !

 

Une fois la toilette faite, ou pas faite pour certains, il fallait s’habiller. Alors direction le dressing. L’embarras du choix, tu te rappelles ? Aujourd’hui, avant d’enfiler quoique ce soit, tu prends soin de consulter le bulletin météo. Il fait gris, tu t’habilles chaudement, une petite laine, un veston pour couper le vent, une écharpe dans les mêmes tons à l’occasion, et une paire de chaussures assortie à ton accoutrement. Et voilà, monsieur est prêt à attaquer sa journée. C’était pareil au LMR. Tu enfile ton bleu, tu te ceinture comme tu peux, et finalement tu t’estimes heureux. Heureux, car ta chemise col « très grand père » est encore propre. Autrement, c’est la foudre à la revue. Oui, c’était le topo classique, qu’il pleuve, qu’il neige (on aurait bien aimé avoir de la neige, histoire de blanchir un tant soit peu notre grisaille), qu’il fasse froid, qu’il fasse chaud, t’étais toujours en bleu. Mon dieu. T’aurais vu notre dégaine ! Et après ça la revue.

La revue ! Ah, les souvenirs ! (A suivre…).

 

 

 

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