Khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_3

D’un cœur LMR, le dimanche 20 avril 2014

 

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 3 :

 

La revue ! Ah, les souvenirs !

Ca reste une parenthèse, mais mille pardons, je dois l’ouvrir.

 

La revue, en elle-même une institution, ne peut pas ne pas avoir droit à une réflexion profonde, afin de la situer dans son contexte et en explorer les éventuelles retombées.

Commençons par le commencement si tu veux bien. Un matricule qu’on était, n’est-ce pas ? En tant que tel, chaque matricule avait droit à son paquetage, son barda comme certains aimaient à l’appeler. Comme tout le monde était logé à la même enseigne, tout le monde recevait le même accoutrement : L’identité dans le groupe.

 

Rapidement et avant que ma mémoire ne me lâche, il y’avait en gros deux costumes (je vais y revenir, ne t’en fais pas), deux chemises, une paire de blouses, une ceinture en cuir, deux paires de chaussures, souliers bas et bottillons qu’on les appelait, une serviette, un imperméable (la luxure), des chaussettes ou peut être pas. Bref, l’essentiel est dit. Il fallait prendre soin de ce trésor, parce que c’était toi, le matricule, aux yeux de ceux qui avaient compris que le meilleur moyen d’exprimer leurs pouvoirs était de t’en faire baver à la revue.

 

Les anciens matricules pourraient se confondre si je parle des costumes, ou pour être fidèle à la mémoire, de nos pantalons et vestes en toile bleue, car avant, ils avaient, en bons permissionnaires et hommes de troupes qu’ils étaient, droit à de vraies tenues militaires. Elle est où la différence, tu me diras. Aucune, un uniforme est un uniforme. Toujours l’identité dans le groupe. Abstraction du Moi. Tu fais partie du groupe, tu vis pour le groupe, tu vis grâce au groupe, tu es le groupe.

Donc, deux tenues bleues et deux chemises blanches à col montant, et des souliers. Oups ! J’ai oublié, le chandail gris en V et la tenue de sortie tout en velours. Ce n’est que partie remise. Avec tout cet attirail, tu te devais d’être PRESENTABLE à tout moment de la journée. Ta tenue devait refléter l’image d’un idéal que les lois de la statistique ont fini par démentir. Aux rares exceptions d’élèves modèles en revue, s’opposait une majorité de matricules recouverts de ce qui à l’origine devait être des habits. Bien sur qu’on faisait laver nos habits de manière régulière pour qu’on soit toujours propre. Ceci étant, chaque mercredi après-midi, tu avais droit à du propre, tout comme chaque mercredi en fin d’après-midi, par une logique implacable, t’étais déjà tout sale.

 

Ceci étant rappelé, La revue n’était circonscrite ni dans le temps ni dans l’espace, et encore moins dans la responsabilité. Chacun et tous avaient droit de regard sur comment tu étais et ce du réveil au coucher. Le plus drôle dans tout ça, c’est ce que peuvent nous apprendre l’âge et l’expérience. Avec le recul, essaie de te rappeler l’image qu’on devait refléter. Essaie d’analyser le regard que tu voyais dans leurs yeux scrutateurs. Quels sentiments devaient-ils éprouver pour essayer de rendre un semblant d’humain à des créatures hors du commun. Quelles frustrations ont-ils du endurer ? Quelles déceptions ont-ils du vivre à force de lutter contre le courant. Et quel courant ? Comme je l’ai précisé, le groupe. Tu n’es que l’émanation du groupe, rien d’autre. Comme le groupe était très peu connaisseur des subtilités de l’habillement, et de ses attributs collatéraux, tels que l’image, l’attitude, le respect de soi, et bien on se retrouvait fatidiquement à avoir le même look, débraillé, décousu, déchiré, sale, ….. pas en guenilles mais pas très loin.

 

Oui, bien sûr, j’exagère. A vous avouer la vérité, moi en tout cas, le cliché ne me stigmatisait pas le moins du monde, bien au contraire. Toi, c’est ton affaire. Tu essaie de me faire croire que tu faisais partie de l’extrême minorité des élèves modèles ? Parfait, je n’ai aucun problème avec, à toi de voir où réellement tu te positionne. Moi, je devais ressembler à tout, sauf évidemment à un modèle.

 

Revenons à notre propos. La revue de l’époque, pour ceux qui ne s’en rappellent plus, c’est l’équivalent de l’IRM aujourd’hui. On te scanne de bas en haut, ou inversement selon le plaisir du scanner que tu as en face, en faisant attention à tes chaussures si bien cirées, à ton pantalon si propre et bien tiré, à ta veste si propre et bien boutonnée, à ta chemise si propre et bien immaculée, à ton visage si propre et bien sain et à ta tignasse si bien rasée, et là c’est la fin.

 

Généralement, ça ne leur prenait que quelques secondes pour passer tout ça en revue, mais certains y prenaient un plaisir malin, pour ne pas dire malsain. De toutes les manières, que ça dure cinq ou mille secondes, l’effet direct était toujours une montée en pic de notre adrénaline, et très souvent en ce qui me concerne, un effet indirect dévastateur : une punition devait correspondre à la mesure de mes écarts. Comme l’objectivité n’était guère le fort de nombre de scanners en cours d’usage au LMR, ce n’était jamais bon de se faire prendre en revue. Je te le dis et répète, jamais bon.

 

L’argument infaillible en leur faveur, on te donne tout pour passer ton IRM dans de bonnes conditions. Ce qu’ils avaient oublié de me mentionner, c’est comment et pourquoi le faire. Pour eux, la finalité c’était d’arriver à un résultat. Pour moi, quelle était la finalité de ce résultat.

In fine, un vœu pieux de leur part et un vœu creux de ma part.

 

J’avais dit que de souvenirs, je m’en rappelle bien. Et ce sont bien là des souvenirs qui défilent devant moi. Pourquoi les partager avec toi, alors que tu as les tiens. Comment porter un jugement sur les tiens sans les altérer, les aliéner. A chacun son souvenir.

Plonge dans tes souvenirs, vas y, je te laisse respirer.

 

Moi j’y ai plongé. J’ai souri, ri, réfléchi et déduit.

J’ai souri au côté burlesque de nos situations.

J’ai ri au côté grotesque de nos contestations.

J’ai réfléchi longuement au côté éducatif du processus en soi.

J’ai déduit patiemment le côté positif et noté ses mérites sur moi.

 

C’était une parenthèse, mille mercis d’être obligé de la lire.

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Ok Marland (mercredi, 01 février 2017 17:11)


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