Khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_4

D’un cœur LMR, le lundi 21 avril 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 4 :

 

C’était une parenthèse, mille mercis d’avoir été obligé de la lire.

C’était utile de mentionner la Revue, car, en quelque sorte, elle était omniprésente dans nos vies. Donc là, nous sommes en face du réfectoire, attendant très impatiemment qu’on nous accorde le visa d’entrée au premier festin culinaire de la journée : le petit déjeuner.

Dans ces histoires de réfectoire, il y a toujours un avant, un pendant et un après.

Bien sur que je vais commencer par l’avant, parce que généralement, on y passait le plus de temps. Chaque jour, espérant qu’entre la veille et le matin nos tempéraments aient changés (par je ne sais quel miracle ils ont pu croire à ça ?), nos encadrants et éducateurs réclamaient de l’ordre et de la discipline, afin qu’ils nous passent en revue et nous accordent le privilège d’accès. Ils devaient être bien naïfs les pauvres. Tout le monde sait que les miracles n’existent que dans les rêves. Que je change ? Pourquoi ? Pour qui ? Je suis ce que je suis et j’aime, parce que le groupe m’aime comme je suis. Les autres, les modèles, qui c’est qui les aime ?

Le rituel d’accès au réfectoire, surtout pour le petit déjeuner, était quelque chose de sacrée aux yeux d’une grande majorité du staff qui souffrait notre présence. En toute sincérité, je ne garde pas en mémoire le nombre de fois où tout s’était passé comme il se devait, c’est dire la rareté d’une prédisposition angélique de notre part pour faire de ce moment un événement s’inscrivant tout à fait dans le respect d’un idéal qui n’existait que dans l’imagination de nos éducateurs.

Pour la faire simple et rapide, de bon matin on avait faim, de bon matin une bonne moitié parmi nous s’exerçaient au somnambulisme, de bon matin l’autre moitié s’exerçaient à la démocratie revendicative (il va de soi que ca se faisait en absence totale des règles les plus élémentaires de la démocratie), et finalement, de bon matin, eux voulaient voir autre chose que Thriller version LMR. Michael Jackson a du s’inspirer de nous pour réussir son clip. C’était un artiste. Ils ne l’étaient point.

Donc avant d’entrer, autant notre désir était de nous attabler au plus vite, autant notre attitude repoussait à chaque fois l’instant de libération. On gueulait, on beuglait, rien n’y faisait. Comme on devait être hors sujet. Pourtant, ce qu’ils réclamaient était facile. Tu te tais deux secondes, tu fais un minimum de choses de manière correcte, et le tour était joué. Mais vois-tu, ça non, jamais. Moi renter dans leur jeu, m’intégrer à une idéologie exo planétaire, obéir à des règles dictées et édictées par l’ennemi, rejoindre les rangs, devenir le clone de leur aspiration, ça jamais. C’était hors de question. Même pas le minimum vital.

Et durant ces retrouvailles matinales, certains, en récompense de services rendus à la communauté, ont appris, bien avant l’effet de mode des années d’après, les vertus du Régime. Tu te rends compte, un ventre d’adolescent affamé toute la matinée. Bien sûr qu’il ne va te produire que du bon. Bien sûr qu’il va se concentrer en classe. Bien sur qu’il ne va pas causer de troubles en attendant le déjeuner. Bien sur que tout se passera pour le mieux. Bien sur que tu rêve, et bien sur que je radote. On est quitte. Tu connais le topo.

La décision tombe, après des moments d’une lenteur exaspérante, ou plutôt attisant toutes les impatiences, le signal arrive. Jamais chevauchée n’aurait pu égaler la célébrissime Ruée vers l’or qui a fini par mettre les Etats Unis dans le fauteuil de commandant en chef de notre monde. C’est oublier la notre pour entrer au réfectoire. C’était comme qui dirait l’autre, libérez les fauves. Pourquoi les fauves ? Tu es sérieux ?

Et la nature était toujours là pour rappeler et imposer ses principes : la loi du plus fort. T’es rapide, c’est bon. T’es fort, c’est bon. T’as un bon clan, c’est tout aussi bon. Sans ça et d’autres atouts, la nature ne te faisait pas de cadeaux. Tu es assis à la mauvaise table, à côté du mauvais camarade, dans une ambiance à la limite de l’écœurante, et tu ne peux même pas apprécier l’ambiance. En plus, tu n’as aucune garantie de bien manger. La sélection quoi.

L’organisation des tables, leur emplacement, les copains de table, tout ca était régi par un code que même le Grand Hammourabi ne pourrait comprendre. Fruit de longues années d’évolutions et de révolutions, d’amendements et de contestations, du coup pour le non droit, ce code était devenu la parfaite expression. Comme je l’avais dit avant, ces choix s’opéraient bien avant le début de l’année scolaire, et le code protégeait les forts (les gros bras et les grosses gueules si tu veux savoir de quoi je parle) alors que les autres, les déchus de leurs droits, ceux qui ne voulaient pas de problèmes, le code s’en fichait, les ignorait. Une raison unique, le code existe par les forts et pour les forts.

Et là, on attaque le pendant ……. A suivre.

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