Khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_6

D’un cœur LMR, le jeudi 24 avril 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

Episode 6 :

 

Peut être une cigarette va arranger ça.

Bien sur qu’elle va tout arranger. Tout le monde sait ça, les forçats, les détenus, les déportés, les grévistes de la faim, bref, tous ceux qui sont presque constamment affamés et qui savent qu’à la longue, la nicotine finit par avoir raison de l’appétit. A la longue, elle finit par avoir raison de beaucoup d’autres appétits. Mais ça, c’est une autre paire de manches.

 

L’embarras du choix. Non, sincèrement. Nous vivions dans l’opulence. Je pourrais même avancer que la petite enclave américaine, dans laquelle était niché le LMR, pouvait se targuer d’avoir la plus grande densité des marques de cigarettes par mètre carré au Maroc, et pourquoi pas au Monde. Il y en avait de tout. Des américaines, des anglaises, des françaises, des marocaines, et cerise sur le gâteau, des militaires. Si tu n’as jamais grillé de Troupes de ta vie, c’est que jamais tu n’apprécieras le personnage de Tom (& Jerry), quand il avale trop de piment ou quand il fume à en devenir vert. Je ne sais pas si les auteurs ont eu le privilège de goûter à cette merveille, mais ce n’est pas exclu. C’était une cigarette conçue et destinée aux soldats, aux vrais, ceux qui étaient prêts à battre la brousse. En vérité, avec Troupes, c’était un paquet de brousse que tu avais dans la poche. Sans parler des odeurs, sinon il faut signaler que cette brousse devait être habitée par des espèces encore inconnues à cette époque.

 

Enfin, chacun y allait selon son envie, mais surtout selon ses moyens. Tous des matricules, je te l’accorde, mais les plaisirs, c’est autre chose. De plus, on s’en fichait, l’essentiel était vraiment ailleurs. L’objectif principal c’est évidemment de fumer pour s’affranchir d’une dose de nicotine. Les objectifs spécifiques consistaient également à s’affranchir, mais de quoi ? Et là, la liste est sans fin. De notre image de jeunes enfants en manque de confiance, de notre héritage maternalisé, de notre peur de grandir ou de celle de rester jeunot à vie, de notre souci de nous identifier à un groupe spécifique, notre ambition de montrer un autre visage de nous-mêmes. Comme je t’ai précisé, la liste est longue et le temps de griller une cigarette avant le premier cours de 8h ne peut souffrir aucun retard. Passer la revue des classes sans encombre, se trouver un petit coin à l’ombre, et se partager un bout de mort lente, dans une ambiance tout le temps menaçante. Que veux-tu ? Le gout du risque. Demande à 007, il t’éclairera. Plus que le risque de sentir mauvais (ça, c’est du domaine de la routine), il y avait le risque de se faire prendre, et là ça finissait toujours par sentir vraiment mauvais. T’es là, avec quatre ou cinq à vous partager la même cochonnerie, quand, surgit de nulle part, tu vois apparaitre le début de ton cauchemar. Et là, franchement, ça pouvait partir dans tous les sens.

 

Tu avais droit à toute la panoplie du registre coercitif en vigueur au LMR, tout dépendait de l’humeur de ton ange gardien du moment. C’était la remontrance suivie de gifles distribuées au gré du vent pour celui qui n’avait aucune envie de s’encombrer de coupables et de témoins, encore moins de rapports, ou alors du plus corsé pour montrer à son supérieur que l’on ne badinait pas avec le règlement. Le laxisme, c’est la réponse des lâches. Encore heureux qu’il y en ait eu quelques uns. Tout ça pour dire que ce n’étais jamais bon de se faire chopper, parce que plus la clémence se réduisait, plus la sentence s’alourdissait, plus tes chances s‘amenuisaient, finalement, chez M. Arroub, tout s’enlisait.

 

 

Va chercher ton père qu’il disait.

 

Ca y est. C’est dit : la terrible sentence tombe et tu te retrouves dans des draps aussi sales que ceux qui te font office au lit. Le cauchemar total. Le cauchemar, ce n’est pas que tu sois sanctionné, parce que vois-tu, c’était presque le cadet des soucis. Comment ton géniteur ou tuteur va vivre la nouvelle ? Ca, vraiment, il y avait de quoi crever l’audimat question Reality Show. Je te résume, pourquoi Facebook n’existait pas encore, tu aurais tout bonnement posté la nouvelle sur ta page, en demandant à top père de la Liker. Bien sur qu’il ne va pas la liker, et il va le poster sur sa page, et voilà. Tout a été dit. Vive la virtualité. D’ailleurs, ce n’est pas le fruit du hasard si ça rime avec légèreté ?

 

Ah, Facebook, au souvenir, certaines fesses t’auraient certainement rendu grâce.

Tu aurais pu dire à tes copains que ton père va t’amener au zoo, puis au cinoche, probablement t’acheter de nouvelles chaussures et une sacoche, pendant que toi à la maison tu te prends une sacrée taloche. Voila toute la force du monde virtuel.

 

Sauf que pour nous, c’était du réel… (A suivre).

 

Signé :

1188 

Écrire commentaire

Commentaires : 0