Khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_7

D’un cœur LMR, le lundi 28 avril 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 7 :

 

Sauf que pour nous, c’était du réel.

Là, on est devant les classes.

Encore une revue.

Cette fois, par les professeurs.

Je ne vais pas y aller. T’as vu le titre ? C’est Dortoir ou réfectoire. Donc je laisse les classes pour après et je t’invite à opérer un saut dans le temps. Midi Sonne. Que dois-je faire en quittant la classe ? Ah oui, remonter au dortoir, faire mon lit, prendre ma serviette de table et aller au réfectoire. Bien sur, la toilette et tout le reste, mais tu parles. Ca, c’était pour les petits fils à papa, ceux qui venaient d’un monde où ces civilités avaient de la valeur. Bien sur que chez nous tous ces civilités avaient de la valeur. Mais moi, ma conception des choses était bien différente de ce schéma. Toi comme moi, on avait refusé le formatage du système. Toi comme moi on avait choisi une autre voie. Toi comme moi essayions de rendre la monnaie à nos parents pour nous avoir chassé du confort familial. Toi autant que moi, on était idiots quelque part en pensant que c’était là leur objet. La connerie est une fatalité, on en a fait un art.

 

Le lit, le faire, avec les yeux sur les draps, le ventre aux abois, l’esprit presque sans foi et l’éducateur pour exécuter la loi. L’histoire de « comme on fait son lit, on dort », on ne devait pas connaitre, du moins c’était mon cas. Que mon lit soit mal ou bien fait avait autant d’importance à mes yeux que la situation des Inuits au Canada. Un problème étranger, dans un pays étranger, concernant une communauté à la limite de l’étrange. Il ne faut pas croire, car les Inuits ont mon total respect aujourd’hui. Mon lit, alors, vague souvenir. Sommeil réparateur et autres sornettes n’avaient aucune place dans mon écervelée jeunesse. On dormait quand on devait, le comment restait un chapitre assez obscur, parce que presque inexploré. Tu t’affales comme une seiche, qui ne sent pas totalement  mauvais mais presque, tu régurgites ta journée histoire de croire que tu es humain, alors que d’humain tu ne garde rien ou presque.

Deux draps blancs, deux couvertures en laine, noires puis, droits de l’enfant obligent, rouges bordeaux, pas le vin gros lourdaud, le rouge, un traversin et un matelas dont ne voudrait plus aucun saint. Faire un lit, voire un nid de tout ça, voila la gageure à laquelle veillaient nos gardiens. C’était sans compter sur nos préoccupations de l’instant, vouloir toujours aller plus vite que notre instinct, voir les choses à travers un angle restreint, traiter le tout avec dédain.

 

 

Dédain pour qui ? Pourquoi ?

Dédain pour qui ? A bien y réfléchir,  on n’en avait que pour notre matricule. Parce que quand tes draps sentent mauvais et sont sales, quand tes couvertures changent de couleur et deviennent pales, c’est que vraiment tu ne cherche plus à dormir, mais tu t’affales. La fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? Quand tu mets un quart du drap pour couvrir le traversin, et un autre quart pour la couverture, c’est que toute la nuit, c’est déplorable ce que tu te farcis. Réveilles toi l’ami, à quoi tu joues ? Dédain pour qui.

Dédain pourquoi ? A priori, pour le système. Que nenni, comme aimerait à préciser un certain M. Falippou. Que nenni. Le système voulait que tu dormes bien, toi tu pensais qu’il voulait à tout prix te faire sien. Le système voulait que tu te reposes, ton seul souci : que tu t’imposes. Le système offrait ce qu’il pouvait, rien de ça ne te motivait. Le système aspirait que nos nuits compteraient, pendant que toi et moi, on conspirait. Dédain pourquoi ?

 

A deux, parfois à quatre, on s’organisait du mieux qu’on pouvait pour confectionner nos lits, réceptacles de nos rêves, nos cauchemars, nos aspirations mais plus encore nos perspirations, nos angoisses et solitudes passagères, nos désirs et notre imagination mensongère. Fallait-il se mettre à deux ou à quatre pour un tel gâchis ?  Tant d’énergies pour pareil ratage ? Optimisation de la ressource humaine, tu connais aujourd’hui. Liens de fraternité et solidarité, tu connais aujourd’hui. Souvenirs et rigolades, tu te rappelles aujourd’hui. Complètement chtarbés qu’on était, tu le déduis aujourd’hui.

Enfin, on dormait. Comme on pouvait, mais on dormait. (A suivre…).

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