Khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_9

D’un cœur LMR, le samedi 3 mai 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

Episode 9 :

 

Etais-je le seul à penser qu’un jour j’aurais un compagnon qui interpellerait ma mémoire ? Probablement pas, car moi-même je ne le pensais pas. Enfin, passons.

 

Les menus. Là je te vois en train de te remuer les méninges, histoire de faire ressortir avec exactitude ces fameux menus. Ce n’est pas la peine de t’escrimer car ça n’a aucune espèce d’importance. Le concept de Master chef n’avait pas sa place au LMR. Master Benaissa veillait à l’essentiel. Il est vrai qu’on était tout le temps en train de râler et de nous lamenter, mais on finissait par comprendre que rien n’y changerait. Il est vrai également que, spécialement pour ceux qui ont eu l’occasion de comparer avec ce qui se faisait dans les autres établissements et internats, nous avons réalisé à quel point nous étions gâtés. Malheureusement, nous n’avions pas le courage et l’honnêteté de l’avouer. Ca faisait partie de notre éternel combat contre le système.

 

Ce qu’il faut en revanche faire revivre, c’est l’ambiance folle qui régnait au réfectoire, et secondairement le breuvage qu’ils voulaient faire passer pour du thé. Qu’importe. On a mangé, on a bu, mais on a surtout gardé des images mémorables de ces moments de grande intensité, parce que pleins de voracité. Nous n’avions aucun respect pour la nourriture qu’on nous servait : il s’agissait surtout de calmer des organismes frisant le choc hypoglycémique. Régime équilibré et apport calorique approprié, on ne connaissait pas. Ce qui comptait en premier lieu, c’est balancer le maximum pour calmer son estomac. S’en mettre plein la gueule, si tu vois ce que je veux dire. Le comment, je te le passe. On voulait faire de nous de vrais gentlemen, on avait droit à notre propre couvert et tout le reste. Mais une fois que le vénéré Duralex s’arrêtait de tourner, on s’arrangeait pour faire tomber leur plan à l’eau. Homo erectus (parce ce qu’alors, très peu Sapiens) imposait sa loi. Adieu gentlemen, bonjour l’homme des cavernes.

 

Lkoumir. Ca te rappelle quelque chose ? Oui, la grosse baguette. Aujourd’hui, pour faire bonne figure, tu l’appelle la « parisienne ». Sauf que nous n’étions ni gentlemen, ni parisiens, encore moins des humains. Mon dieu ce qu’on a mangé comme Koumir. Et régulièrement, il y avait des surprises à gagner. C’était comme pour les galettes des rois. A l’occasion, c’était soit une dent pourrie enfouie en pleine mie, soit une partie ou l’intégralité d’un cafard pris dans la pâte par un malheureux hasard, soit une pièce de vingt centimes, et là c’était le gros lot parce que tu pouvais t’offrir une partie de baby foot avec. Bref, chacun sa chance, chacun son lot. Le problème c’est quand c’est toi l’heureux élu, ce n’est pas toi que ça réjouis, mais plutôt tes compagnons de galère. Et ça faisait le tour du réfectoire à une vitesse que même Google, Facebook ou what’sup ne pourraient égaler. L’espace d’une seconde et te voilà la star de la journée, parce que la risée de la compagnie. Ne dit-on pas que ce qui ne te tue pas te renforce. Difficile de remettre en cause la pertinence de cette moralité. Qu’est-ce que tu en pense ?

 

J’allais oublier le thé. Les chinois ont compris les vertus de l’eau chaude depuis l’aube des temps. Ils continuent d’en consommer de manière régulière. Ca réchauffe, ça régule le système digestif, ça permet de faire fonctionner les reins, et à l’occasion bien pisser à moindre coût. Master Benaissa devait avoir des origines asiatiques ou alors il était versé dans cette culture. Parce qu’à part la couleur, le breuvage qui nous faisait office de thé ressemblait étrangement à l’eau chaude tant prisée par les chinois. Je te l’accorde. Les chinois ne mettent pas de sucre dans leur eau. Dans la notre, il y en avait quand même. C’est toujours bon à prendre, quelques grammes de sucre, surtout pour des corps en pleine croissance, pour ne pas dire en effervescence. Bon ou pas, on le buvait, bon ou pas, certains pour le gouter en conservait, bon ou pas on n’avait guère d’options, bon ou pas, peu importait ton opinion.

 

 

En résumé, en bons gentlemen qu’ils voulaient faire de nous, on avait droit à plus que le nécessaire : chacun son couvert, chacun son entrée, chacun son plat de résistance, chacun son dessert, chacun son breuvage. N’était-ce pas là un festin ? N’avais-tu pas droit à tout ça au quotidien ? Savais-tu que certains ailleurs n’avaient rien ? Là, aujourd’hui, en contestes-tu le bien ? Juste une information et essaie de faire le lien.

 

La caution annuelle. 200 dhs, c’était bien ce qu’on payait chaque année.

Tu as des enfants ? Ca ne te dit rien ? (A suivre).

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