khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_11

D’un cœur LMR, le mardi 6 mai 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 11 :

 

Donc tu quitte le réfectoire, après avoir calmé ta panse.

 

 

Un vrai QCM alors s’offrait à toi : dortoir ou foyer. Lfouilli comme le prononçait certains. On y va maintenant ou je laisse ça pour après ? Après, je crois que c’est préférable, car c’est tout un monde, lfouilli, lbiyard, lpinpon, tinisa, slit louasis, tkayef oura dortoir, cinima miricane, etc. Un jargon que les esprits les plus éclairés ne pourraient comprendre. En quelque sorte, t’étais soit le genre Steve Mc Queen dans « La grande évasion », toujours prêt à remettre ça pour prouver que le moule, ce n’est pas ton genre, et que tu étais partant pour toutes les idioties du monde. Soit Dustin Hoffman, version « Rain man ». Pas de juste milieu. Soit puni à la fin de la semaine, soit chez toi et t’avais de la veine.

 

Pour couper court à tout ça, commençons par le dortoir. Alors là, ça dépendait des jours. Si c’est le mardi, la loubia finissait par avoir raison de toute ton énergie. Zombies, pas vraiment, bombes à retardement, certainement. Attends que ça digère et tu comprendras de quoi je parle. Notre panse nous privait de toute trace d’oxygène et tu voyais des esprits complètement déconnectés parce supportant des corps carrément éreintés. Il n’y avait rien à tirer de toi. Les cours de l’après-midi devenaient un enfer, par pour nous dieu merci, mais pour ceux qui tentaient, vainement cela va de soi, de semer quelques graines de savoir en nous. Ne comprenaient-ils pas que nos neurones étaient imbibés de flatulences ? Ne savaient-ils pas qu’après un pareil régal, notre abrutissement n’avait plus d’égal ? M. Cicaldi l’avait bien compris. Pour être sur la même longueur d’onde que nous, lui il carburait au vin rouge. Boulaouane ou Bon ordinaire, quelle différence ça fait ? C’était un visionnaire, lui. Il avait tout compris. Il ne sortirait rien de bon de nous, alors autant faire comme nous. Mais il faut lui reconnaitre une décence, car pour les prouts, on détenait la licence.

 

Qu’il fasse froid ou qu’il fasse chaud, qu’il pleuve ou pas, le dortoir t’accueillait toujours dans les mêmes dispositions. Imbibée d’odeurs de renfermé et d’humidité, vite remplacées par celles de nos entrailles enflammées, l’ambiance était toujours au beau fixe. On retrouvait nos couches avec un plaisir sans pareil, car l’estomac alourdi, il devenait difficile de maintenir son éveil. Et ça ronflait, et ça pétait, et bien sur que ça rouspétait, mais que pouvais-tu y faire ? Tu résistes cinq minutes, et finalement à toi de jouer. Quand tu estimais que tu n’étais pas pareil à eux, tu faisais tout pour le montrer : il fallait empêcher la sérénité de s’installer. Tous les coups étaient permis. Et je t’arrose à l’eau froide, et je te pique ta couverture ou ton oreiller, et je chante à tue-tête tel un illuminé, et je te fais une partie de foot entre les lits. Pour la faire courte, je t’empoisonnais l’existence, parce que la mienne était déjà pourrie. A qui la faute ? Au système pardi.

 

Einstein avait inventé sa théorie de la relativité. Il n’avait jamais pensé aussi bien faire, car dans la vie tout est relatif. Je m’explique. Après déjeuner, quand tu voulais piquer un somme, « quatorze heures » débarquait chez toi à une vitesse supersonique. Par contre, quand tu étais oisif, quand tu n’avais rien à faire, les secondes s’égrenaient dans une lenteur cynique. Bien évidemment que tu ne comprenais rien à cette histoire de relativité. Bien sur que peu t’importait. Seulement, là résidait ta pauvre réalité : t’étais pommé comme personne ne l’était.

 

 

Quels souvenirs garder de ces instants ? Le meilleur. Quels enseignements tirer de ces moments ? Nous avons appris à nous supporter, à nous apprécier, et certainement nous déprécier, à nous accepter, à fraterniser, à haïr et à aimer, à différencier et à classifier, à comprendre et à nous méprendre, à juger et à être jugé, à définir et à se définir. En gros, à être ce que nous sommes aujourd’hui. Ca faisait partie de notre vie, et ça, personne ne peut le nier ni te le renier.

 

Etait-ce vraiment l’exclusivité du mardi ? Oh que non. Le menu du jour n’avait aucune influence sur ça, car la vie était ainsi faite, inscrite dans une routine accablante, refusant toute innovation dérangeante. L’ordre établi ne laissait place à aucune variante. C’était ça la force du système. Le leur était exigeant. Le notre était intransigeant. La routine nous tuait. On vivait grâce à cette routine. Toute perturbation était mal perçue, car à la longue, mal vécue. Point de place aux surprises. Sur nous, rien n’avait d’emprise. N’était-ce pas là la force du système ?

 

Debout tout le monde. En classe. « Quatorze heures » était là. (A suivre).

 

Signé :

1188    

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Jose Lorence (vendredi, 03 février 2017 11:39)


    Hi there! I know this is sort of off-topic but I needed to ask. Does building a well-established blog like yours require a massive amount work? I am completely new to operating a blog but I do write in my journal on a daily basis. I'd like to start a blog so I can easily share my personal experience and thoughts online. Please let me know if you have any suggestions or tips for brand new aspiring blog owners. Appreciate it!

  • #2

    Cyndy Maly (lundi, 06 février 2017 20:21)


    It's an awesome paragraph in favor of all the internet viewers; they will obtain advantage from it I am sure.