khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_12

D’un cœur LMR, le dimanche 11 mai 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 12 :

 

Debout tout le monde. En classe. « Quatorze heures » était là.

 

 

Je sais, tu as envie d’aller en classe, mais que cette envie te passe, car ce qui m’importe, c’est le retour au dortoir, à dix sept heures, après trois heures de cours. Le dortoir, c’était le passage obligé, quoique tu fasses. Et là, le goûter.

 

Ai-je mentionné qu’on avait droit à quatre repas par jour ?

 

Non ? C’est sérieux, parce qu’en dehors du petit-déjeuner, déjeuner et dîner, Monsieur avait droit quand même à un goûter. Ah oui, le fameux et incontournable goûter. Là, je dois bien m’arrêter. Ce n’est pas une parenthèse qu’il faut ouvrir, mais bien un moment qu’il nous faut redécouvrir. Tu en conviendras, autrement je te qualifie d’ingrat.

 

Petit pain au chocolat ou au beurre, à la confiture ou au fromage, et le plus souvent petit pain tout court, on devait se mettre quelque chose sous la dent sinon personne ne pouvait contenir notre côté sauvage. Il y avait toujours un morceau à prendre dans le panier, à toi d’être parmi les premiers. On assistait à une autre ruée vers l’or, parce que ça se faisait dans le plus grand désordre. Là aussi se manifestait l’esprit clanique et tribal, sinon tu es à la merci de l’instinct cannibale, et ton estomac était vraiment misérable.

 

Les starting blocks, on a connu avant Usain Bolt et Carl Lewis, car quinze minutes avant la sonnette de dix sept heures, on avait déjà désigné les lièvres et les vainqueurs, ceux qui diversion feraient de ceux qui dans le panier piqueraient. Tout était programmé, une vraie stratégie de guerre. Toi tu bloques les adversaires à la sortie, moi je cours pour arriver en premier, et lui décide des goûters à piquer. Une autre expression parlante de notre sens de l’organisation, de notre compréhension du concept que la force se fait dans l’union, pour finalement considérer que le respect de l’autre ça reste une illusion.

 

Sur nos lits, s’exhibait notre butin, se décidait le partage du fruit de notre larcin, pour que fatalement chacun puisse seul entamer son festin. Tu te souviens des chinois et de leur eau chaude ? Les plus organisés sortaient alors leur thermos, histoire de savourer leur collation, les autres, sortaient leur argent de poche, histoire de confirmer leur passion. Je dois te l’avouer, mais aujourd’hui, j’agis comme le plus grand des idiots, pour ne pas dire le plus hypocrite. A mes gosses, je n’arrête pas de seriner que limonades et boissons gazeuses ne son guère bonnes pour leur santé. Et les tonnes de coca que j’ai ingurgité ? Etais-je exceptionnel ou suis-je un simple menteur ? Etais-je immunisé ou suis-je simplement amnésique ? Le coca faisait partie de notre paquetage, parce que de septembre à juin, c’est ton préféré breuvage. Arrêtons de croire qu’on est mieux que nos enfants et que nos conseils soient plus sages. On en a bu, ils en boiront. On s’est délecté de son sucre, ils en grossiront. On en a roté, probablement qu’ils en péteront. Où est la différence ? Où est le mal ?

 

Il ne faut pas croire que je suis un adepte du « junk food », mais il y a plus sérieux à attaquer. Preuve en est qu’ils nous ont laissé, pour ne pas dire encouragé à en prendre, ça n’a nullement affecté notre organisme. Je te vois venir, et notre intellect tu me diras ? Il était déjà affecté et n’avait nul besoin du coca pour en arriver à là où nous étions. Hyper actif, dyslexique, tendu ou apathique, intelligent…, le coca ne pouvait rien y changer. Idiot j’étais, idiot je suis resté. Bref, le coca, au foyer, c’était Hollywood à Kenitra. Se commander son coca au comptoir du foyer, c’était affirmer sa personnalité. On est « in », peu importe ce que ça coute. Il te fallait ton Red Bull de l’époque, autrement à l’étude, t’étais une vraie loque.

 

L’esprit de partage et de solidarité n’avait pas d’égal, car hépatite ou autre, on était frères. Boire à même la bouteille n’avait rien d’anormal. Je me sers en premier et je déguste en dernier, c’était le lot de tous les « chanceux » qui géraient assez bien leurs sous. L’hygiène alimentaire, on connaissait très peu. Il fallait faire passer ton petit pain, et au meilleur des cas ton mille feuilles.

 

Un moment, veux-tu ? Le fameux mille feuilles. A côté de la Tour Eiffel, je crois qu’on devrait ériger un monument à la gloire de ce célébrissime ambassadeur de la culture culinaire française quand même. Je ne veux nullement faire l’apologie de ce délice, mais à bien y regarder, il a été un de nos plus grands supplices. Vénéré, révéré, tous on l’espérait. Désiré plus que toute autre chose, tous on l’adorait. Pourquoi c’en était ainsi ? Va savoir. Mais à cette époque, il était là, dieu merci.

Le mille feuilles, comme ton fameux  goût me revient (A suivre…).

 

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