khawater : Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir_13

D’un cœur LMR, le jeudi 15 mai 2014

 

Dortoir ou réfectoire ? A toi de voir.

 

Episode 13 :

 

Tu sais pourquoi le goût me revient ? Je suis certain que toi aussi tu t’en souviens. Allons, soyons sérieux. Personnellement, j’ai oublié à combien on le payait, mais qu’à cela ne tienne. Il avait son prix, tout comme il avait ses inconditionnels. Evidemment qu’il a du faire plein de jaloux, même si la solidarité était de mise. Malheureusement, quand le ventre est creux, c’est souvent que tu oublies que tu élargissais ton cercle de haineux. Partager, oui. Sa crème et sa tonne de sucre bon marché ? Oh que non, quitte à ce que tu l’avales en courant. La sélection naturelle à l’œuvre, conséquence, tu devais aller de l’avant.

 

On l’aimait bien, on se battait pour. Notre budget, en fonction on gérait. En période de disette, tu économisais. Tout ce qui était possible, tu le faisais. Mais ce n’est pas toujours que tu le mangeais.

Sa crème, quel délice. Sa croute de sucre, quel régal, avec du coca, c’était sans égal. Mais vois-tu, là j’ai un problème. Si je m’en remets à la définition qu’en donne l’indiscutable Larousse, le mille feuille, vas vérifier, c’est soit une plante, et là on s’en fout, soit un gâteau de pâte feuilletée garni à la crème pâtissière, et là ressurgit mon problème. Pâte feuilletée, je n’ai pas souvenir, crème pâtissière, oui, ça te fait rire. Rassures toi, moi aussi, car la bonne pâtisserie, ça existe, dieu merci.

 

Revenons à notre définition et entamons une brève réflexion. Pâte feuilletée : telle une msemna, elle était compactée, une fois dans ton estomac, elle te percutait. Le lendemain, c’est en souffrant que tu l’éjectais. Rares sont les fois où tu ne l’as pas regretté. Sans parler que pour la manger, il fallait la déchiqueter. Et dire que la pastilla est notre spécialité.

 

La crème pâtissière. Un nom plein de technicité culinaire à mon goût. C’était le cas hier, ça l’est tout autant aujourd’hui. Je ferme les yeux et j’essaie de revoir à quoi elle ressemblait vraiment cette crème. Sur un rectangle de deux centimètres et demi sur huit, parfois sept, voire même six centimètres, tu pouvais récupérer en un seul morceau ta première tranche de crème pâtissière. On parle bien de crème ici. Je sais, c’est une prouesse que ne peuvent réussir que les maîtres pâtissiers. Ceux de « Paul », « Le notre », ou autres « Maîtres du pain » ne sont que des parvenus, des opportunistes. Bref, pas de vrais maîtres pâtissiers. Un seul bloc. Tu t’en rappelles. Là aussi, quand tu l’as dans le ventre, difficile de ne pas te rendre compte que lui n’aimait pas du tout, mais ça, sur le coup, tu t’en fous.

 

Avant de passer à autre chose, je voudrais te signaler que la définition du Larousse reste incomplète : elle ne mentionne pas le pavé de sucre du dessus, qu’au passage, on adorait. Lui aussi représentait une couche sédimentaire, avec laquelle se comblait notre régime alimentaire. Quoi ? Bien sur que c’était une couche. Tu pouvais jouer avec si tu n’avais pas ta raquette. Ping pong tout de même, je ne parle quand même pas tennis ici. Incassable, parce que bien sucrée. Indigeste, parce que de cochonneries bourrée. Sans parler de ton palais et de ta dentition, qui en conservait une bonne partie. Tu pouvais déguster et te délecter de ses douceurs pendant un bon moment, le secret résidait dans la volonté de bloquer ton amylase et tes glandes salivaires. Tu pouvais savourer ton gâteau du moins jusqu’au dîner. Et là, tu n’avais plus d’alternatives, parce que d’autres délices, d’autres senteurs et épices étaient là pour te faire oublier, ne serait-ce que l’espace d’un moment, que ton mille feuilles, ce n’était finalement qu’un supplice.

Mais on l’aimait. Je te donne ma part de ceci, et tu m’achètes un mille feuilles. Pour l’avoir, de ma ration de cigarettes, je peux faire le deuil. Pour ne pas le partager, je n’hésitais pas à sauter comme un chevreuil. La biochimie m’a grandement ouvert l’œil. On était addict. Oui, nous sommes à la base américaine de Kénitra, et les anglo-saxons ne disent pas accros, mais addict. Purée, cette dose de sucre était incontournable. Faite de poudre, à notre croissance elle était indispensable. Sans elle, on sentait minable. La retrouver chaque jour était formidable.

 

Comme dit Stromae, « formidable ». Pour nous, notre formidable, c’est notre mille feuilles. Encore plus formidable quand tu tombes sur une surprise ou un cadeau. Sincèrement, comme c’était beau.

Comme au réfectoire, et dans toute notre vie au LMR, ce ne sont pas les surprises qui rendaient notre vie routinière, bien au contraire. Que ce soit la page de garde, ou la raquette de ping pong si tu préfères, la pâte feuilletée (difficile à admettre mais que veux-tu ?) ou la crème pâtissière, chacune essayait de te réserver le meilleur pour te surprendre. Bien sur la surprise devait avoir une taille appropriée à celle de ton mille feuilles, sans ça, ce n’est plus une surprise. Tu vois un cadavre de cafard qui déborde, et là ce n’est plus une surprise. C’est normal.

 

En guise de surprise…. (A suivre).

 

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